On oppose parfois orthopédagogie et psychopédagogie comme s’il s’agissait de deux métiers distincts, appartenant à des champs différents : l’un proche du scolaire, l’autre du thérapeutique.
Dans la réalité de terrain, cette frontière est très poreuse. Les deux disciplines poursuivent un même objectif : permettre à la personne d’apprendre en retrouvant de la sécurité intérieure et de la confiance cognitive.
L’orthopédagogie s’intéresse avant tout au fonctionnement cognitif dans les apprentissages.
Elle intervient lorsque l’apprenant ne comprend pas ce qu’on attend de lui, apprend beaucoup mais retient peu, confond les consignes, ne parvient pas à automatiser, se fatigue anormalement vite, décroche malgré ses efforts… L’orthopédagogue observe alors comment la personne apprend et l’aide à “apprendre à apprendre”.
La psychopédagogie part d’un constat simple : on n’apprend pas seulement avec son cerveau, mais avec tout son système émotionnel. Elle intervient lorsque les difficultés d’apprentissage sont liées à l’anxiété, le perfectionnisme, la peur de l’erreur, la honte scolaire, la perte d’estime de soi, un blocage cognitif lié au stress … Dans ces situations, enseigner une méthode ne suffit pas. Le cerveau est en mode défense, pas en mode exploration. La psychopédagogie va donc travailler la relation à l’erreur, la représentation de l’intelligence, la sécurité affective face au savoir, la confiance cognitive… Elle ne soigne pas “l’émotion” au sens psychothérapeutique, mais son impact sur l’apprentissage.
Dans la pratique, très peu de difficultés scolaires sont purement cognitives ou purement émotionnelles. Ces dimensions interagissent en permanence.
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L’élève ne comprend pas → il échoue
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Il se sent nul → il se bloque
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Il se bloque → il échoue encore
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L’échec renforce la croyance
On ne peut plus séparer cognition et affect. C’est précisément là que l’orthopédagogie et la psychopédagogie deviennent complémentaires… et presque indissociables et deviennent presque deux portes d’entrée pour un même travail.
Sur le terrain, les séances comportent souvent les mêmes outils :
- Observation fine: On regarde comment la personne s’y prend, pas seulement le résultat.
- Verbalisation: Mettre en mots ce qui se passe dans la tête permet de reprendre du contrôle cognitif.
- Métacognition: Comprendre son propre fonctionnement est au cœur des deux approches.
- Réconciliation avec l’erreur: On transforme l’erreur en une information utile pour apprendre.
- Ajustement du niveau de difficulté : la fameuse “zone proximale de développement”.
La distinction principale tient finalement à la posture, mais dans la réalité d’une séance, les deux se mêlent constamment.
Quand un enfant comprend enfin comment faire, il se détend.
Quand il se détend, il peut enfin comprendre.
La psychopédagogie et l’orthopédagogie offre un espace commun où l’on apprend à fonctionner avec son cerveau et avec soi-même avec une même mission: permettre à la personne de redevenir capable d’apprendre sereinement.